QUI EST JULIO?

QUI EST JULIO?

Chapitre 1 | Tabula Rasa
Je suis le fruit d’une rencontre. Comme tout le monde. Ni tout à fait un, ni tout à fait l’autre. Avant même ma naissance, on me prédisait certains traits. Des traits à la craie que je passerai ma vie à tenter d’effacer, de déplacer, de définir, de détruire et de contempler à coups de grands mouvements et d’énergie déployée. Voici ce qui se dessinait pour moi: une vie de détours, ceux que je choisis ou ceux que l’on m’impose. Je serai et resterai en constante négociation avec l’espace, à tenter de faire du beau avec ce qui s’offre à moi dans l’instant.

Chapitre 2 | Chroniques d’une saison
Je suis la somme de mes histoires, de mes anecdotes : celles que je réécris continuellement, que j’embellis, que j’exagère, que je répète et qui se transforment chaque fois que je les réinvoque. Elles me définissent, me redéfinissent, et tracent le contour de ceux qu’elles intègrent. Je suis allée loin, loin vers le sud, pour les écrire et encore davantage pour les dire à haute voix, seule, face à un microphone. J’ai choisi ma langue pour me raconter, pour avaler mes frontières. J’ai retracé celles qui m’ont été données, amplifié le son de tous mes allers-vers. J’ai voulu matérialiser ma transformation en responsabilisant les témoins. J’ai voulu croire que le point de vue que l’on choisit est suffisant pour faire du beau avec tout ce qui s’offre à nous. La plus belle des photos peut s’élever dans la plus grande des banalités.

Chapitre 3 | Le Cerf, ou moi qui cède à l’espace
Je suis un cerf. Je l’avoue, j’ai voulu cesser de me dissoudre. Je suis un animal, ma frontière avec l’autre est ma peau. Ma nudité est ombre et lumière, celle que je donne à voir, celle que je garde pour moi. Ma solitude est une plaine bruyante, intensément froide, un champ de neige que je découvre et braverai seul. Dans cette marche, je glisserai des mots, je les choisirai bien, les pèserai, les mesurerai. Chaque et unique son sera gravé à jamais sur une pellicule que je pourrai regarder et écouter à l’infini. Chaque micromouvement aura la volonté de faire du beau de tous ces contrastes inhérents à mon existence.

Chapitre 4 | Mechanical resonance of lions
Je suis un pont. Toujours solidement en transition. Je suis le tremblement du dominant. Je suis le désir de te répondre, de savoir si tu existes ou si je t’ai inventé. Je pourrais accepter qu’il y ait un océan entre nous, mais les montagnes et leur densité opaque, je ne sais pas quoi en faire. Tu es là-bas, je suis ici. Je peux compter les lignes blanches qui nous séparent, on m’arrêtera pour les franchir et je raconterai tout. Je nous mettrai en mouvement, un lent piétinement sans rythme. On me prêtera une voix magnifique qui me consolera et que je superposerai pour faire un bruit de fouillis. Tu n’y seras pas, mais je ferai des fleurs avec ces lignes blanches qui nous séparent et me collerai au corps des centaines de timbres, been there done that.

 Chapitre 5 | Wolves & Selves
Je suis le méconnu. Je suis celui que l’on nomme sauvage. Pourtant, je suis celui qui me nomme, celui qui me pointe, celui qui se bat pour ses semblables. Je suis celui qui vous mettra des mots en bouche, un à un, je vous ferai chanter, comme ça. Par fragments de mots apparaîtra une chanson, une idée, l’assimilation subtile du domestiqué. Je vous lirai des cartes, celles où l’on glisse un billet de cinquante anonyme. Je suis le temps qui passe sur la peau qui dégonfle alors que vos avoirs s’épaississent. Je suis le sauvage, le domestiqué, je suis vous.

 Chapitre 6 | MA Rosa
Je suis celui qui se construit sur la perte. Celle de la mère. Mais je sais que la vie se doit d’être heureuse, parce que si elle ne l’est pas… à quoi bon… Je me crée un univers où je fais des confettis avec des fleurs à jeter, fleurs vivantes et mortes trop abondantes et encombrantes pour les laisser sagement joncher le sol. Je suis homme, femme, jeune et vieux. J’ai tous les âges. Je suis surtout là, fort et fragile à faire du beau et à rendre hommage à ce qui me constitue.

Chapitre 7 | N’arrête jamais d’inventer l’espace où je me trouve
Je suis des cheveux tatoués de visages. Je suis femme et fils sans père qui incarnent tous les pays que je tente de faire miens. J’américanise, j’italianise, je colombianise ce que je ne serai jamais, ce que je ne comprends pas, ce que je suis bien malgré moi. Je me raconte à travers lui. J’irai là où me mènera ma quête, puis je chercherai dans ma voix les vestiges du père que je ne connais plus. La patrie. Je m’inventerai un espace pour moi. Si on me demande de m’être belle, je questionnerai la beauté et voire même, la richesse et la foi.

Chapitre 8 | Our Last Picture
Je suis mon dernier anniversaire. Je suis l’idée empruntée. Je suis l’idée qui me rappelle que tout ce que je suis est une redite, une citation. J’incarne l’impermanence, l’originalité qui passe, la photo d’une photo, d’une photo, d’une photo, d’une photo et jusqu’à la dernière. Je suis la dernière. Je suis celui qui te montre son être de papier, un fantôme qui n’est plus, un à un pour que tu y sois, un peu. Je suis un corps de chair et une impression fidèle, je suis les deux. Je suis l’interruption en pleine (re)présentation, je suis celui qui sait que tout peut chavirer d’une seconde à l’autre, et que nul n’est à l’abri des pirates.

Chapitre 9 | La marche nuptiale
Je suis la double perte. Je suis la ségrégation murée dans le particulier et la dissolution dans l’universel. Je suis la fissure. Le point de jonction. Je suis dans le temps ce que l’on sent arriver de loin. Je suis là où on fonce malgré tout. Je suis le filtre entre ce qui passe et ce qui reste. Je suis la raison des grandes migrations. Je suis la beauté de l’engagement et des longues marches en solitaire.

Je suis juillet. Je suis Julio.