Mouvement de passage: projet en CHSLD

Mouvement de Passage

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Mouvement de passage: projet en CHSLD (2016-2018)
Idéatrice | Ariane Boulet
Danseurs | Ariane Boulet, Sarah Dell’Ava, Joannie Douville, Lucy May, Aurélie Pedron, David Rancourt, Georges-Nicolas Tremblay, Julie Tymchuk, Arielle Warnke St-Pierre
Musiciens | Marie Vallée, Gabriel Vignola

Partenaires
Ce projet bénéficie du soutien financier de l’Entente sur le développement culturel de Montréal intervenue entre la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications
Projet financé par le Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ)
Projet accueilli par les CHSLD de St-Henri et des Seigneurs, et les centres Vigi santé de Montréal

Description
Dans ce projet s’adressant aux résidents en perte d’autonomie et en fin de vie, j’ai voulu repartir de zero, depuis l’intuition du danseur en son expression la plus simple, la plus essentielle. Pour ne pas plaquer une proposition conceptuelle avant une rencontre sensible, et ainsi construire la proposition à partir du vécu des danseurs: extirper la connaissance de l’expérience. L’artistique se fonde donc ici dans l’intime et le vécu inhérent au fait d’être hospitalisé. Il ne s’agit pas d’une œuvre qui « décore » les lieux, mais bien d’une œuvre qui utilise le vécu relié au CHSLD comme matière. Sous l’emprise des enjeux de la vie et plus spécifiquement de la santé, le contexte de travail est incontrôlable. Raison pour laquelle nous souhaitons proposer une œuvre ouverte et improvisée qui se transforme à chaque visite. Ici, le travail in situ est celui du spectacle dans le quotidien : singulier et renouvelé. Comme je suis ici intéressée par un rapport sensible et intime au mouvement celui-ci se doit d’être poreux au milieu.

En me basant sur mes expériences passées en milieu de santé, j’y ai l’impression d’une réception moins cognitive et empreinte de jugement esthétique, et plus corporelle. D’où mon intérêt de ce type de diffusion. C’est ce rapport au corps sensible qui m’intéresse, à la capacité à donner à sentir et à se réapproprier son rapport au corps. Dans un contexte comme celui d’un CHSLD ou de tout milieu médical, il a d’autant plus sa place. Bref, le CHSLD est ici vu comme un lieu à investir de façon extra-quotidienne. Comme il est un lieu où nous vivons des moments charnières de notre vie, le fait de proposer des expériences artistiques en milieu de santé permet de reconnaitre la dimension culturelle et spirituelle des gens y résidant, en leur donnant accès à un lieu, un espace-temps physique et mental qui permet d’explorer le sens et les sensations issues de nos expériences hospitalières. Convaincue du pouvoir communicatif du travail du corps et de la poésie de la danse, nous entrerons dans un espace sensible avec les résidents, qui pour la plupart sont malades ou en perte d’autonomie. Il y a dans leur expression tout un mystère, qui semble être celui qui se cache derrière la maladie, la vieillesse, la perte d’autonomie physique et psychique, derrière les yeux des résidents ne pouvant soutenir un discours rationnel. C’est dans cette part de mystère que se trouve la possible magie, la possible beauté, que permet le détournement de la raison.

Effectivement, la présence de projets de création à même des milieux de vie permet une rencontre sensible, qui touche à d’autres cordes que le dialogue habituel. Le dialogue intangible que permet la performance vivante touche selon moi à un autre niveau de conscience et de perception, et fait vibrer d’autres forces. La pertinence de la création en milieu de vie tient aussi de la déterritorialisation qu’elle fait vivre à l’artiste, devant briser certaines frontières et intégrer dans sa créativité de nouvelles références, l’obligeant à sortir de soi. Bref, en positionnant l’individuel dans le collectif, en permettant la rencontre, l’ouverture et la sensation, la pertinence de ce projet tient selon moi de sa dimension éthique et politique, c’est-à-dire sa façon d’envisager la réalité pour en faire émerger certaines valeurs. L’art, même en milieu de soins, demeure de l’art, et ainsi soit-il : il se doit de le demeurer même en dehors des lieux consacrés. Mais dans un contexte laïc comme le notre, il est indéniable qu’il offre un espace de refuge et de contemplation, un espace extra-quotidien où l’expérience et la connaissance sensorielle et émotive font loi.

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