MILIEUX DE VIE

À partir des expériences de danse en hôpital ainsi que de celle de recherche-création en CHSLD,  et de MOUVEMENT DE PASSAGE: projet pilote en CHSLD, Je suis Julio souhaite développer son volet de médiation et de création en milieu de vie. D’amener la danse dans un milieu où les gens vivent leur quotidien a permis d’observer la richesse de cette expérience, toute différente de l’expérience esthétique en milieu artistique. En découle un des mandats professionnels de la compagnie: de proposer une expérience esthétique à l’extérieur du milieu artistique, pour ainsi aller à la rencontre du spectateur.

Le besoin de comprendre comment donner du sens à notre pratique de façon personnelle ont défini et ficelé un intérêt pour le vécu avec l’œuvre d’art, et plus particulièrement pour une expérience artistique sensible et intime permettant au spectateur une relation renouvelée à son propre vécu. Quoique l’intérêt pour la mise en scène du vécu, pour l’in situ et pour le rapport entre intime et collectif ait été exploré lors des cinq années de création de Je suis Julio, l’approfondissement du mandat de la compagnie oblige à se pencher sur les besoins n’ayant pas été comblés au sein de la pratique jusqu’à maintenant. Malgré l’inutilité de la création, au sens marchand du terme, comment envisager son importance fondamentale, sa valeur existentielle ? Ce que revendique l’art contextuel se rapproche en plusieurs points de ces motivations : le sens de sa pratique, mais surtout le sens en dehors de soi, ce qu’elle a à offrir aux autres. Désintéressé de l’art pour l’art et de l’idée d’une autonomie de celui-ci, l’artiste qui s’intéresse à la mise en valeur de la réalité brute est peut-être revenu de la tentation de l’idéal ou du formalisme, nous dit Paul Ardenne (2002), mais son attention atteste d’une prise de position résolue quant à l’art, de « déserter le périmètre sacré de la médiation artistique » (p. 10). Il devient acteur du contexte où il évolue, impliqué, plus social que retranché en studio.