LA MARCHE NUPTIALE

Marche Nup 2

PHOTOS

La Marche Nuptiale (2013)
Concept | Ariane Boulet
Direction artistique et performance | Ariane Boulet et Eduardo Ruiz Vergara
Photographe | Andréa de Keijzer
Auteurs | Ariane Boulet, Joannie Douville, Jade Marquis, Gabriel Vignola
Conception et confection de la robe de mariée | Manon Payette
Impression  | Atelier M. Séguin

Historique
Exposition présentée par le MAI (Montréal, arts interculturels) dans le cadre du SalonEsque du 21 au 30 mai 2015
Exposition performative présentée par l’ATSA du 21 au 24 novembre 2013 à la place Émilie-Gamelin du Quartier des spectacles.
Performance réalisée dans les véritables habits de notre mariage jusqu’à la frontière de Lacolle les
 29 et 30 mars 2013.

De l’intime à l’action, ou pour poétiser le politique
« La séparation tient de la parole. Il y a un espace, des pas, puis un autre espace. »
– Marina Abramovic

Mariés depuis octobre 2012, nous vivons depuis ce temps le processus d’immigration d’Eduardo au Canada, ce dernier étant sans papiers et sans droits, dans l’attente de pouvoir poursuivre les occupations qui ont été au cœur de sa vie et qui l’ont motivé à vivre ici. Avec des délais d’attente de plus d’un an, la situation devient un défi de taille, tant au niveau identitaire que dans la relation à sa nation. À partir de nos pratiques artistiques respectives de danseurs et performeurs, et dans le désir de faire du beau de ce processus morcelant, nous avons transformé notre situation personnelle en proposition politique sur les thèmes de la migration, de la frontière et de la séparation par le biais de La marche nuptiale. Produite par la compagnie Je suis Julio, cette action performative prend racine dans une marche de 72 kilomètres de notre maison à Montréal jusqu’à la frontière de Lacolle, qui sépare le Canada des Etats-Unis, où nous avons été arrêtés en direction de Bogota, ville natale d’Eduardo. Nous avons marché dans les véritables habits de notre mariage dans l’urgence de dénoncer notre situation, et celle de plusieurs autres, provoqués par l’attente de l’approbation d’un pays d’accueil et la peur d’une séparation forcée.

Cette performance à double face, intime et politique, s’ancre dans le phénomène de la marche comme redéfinition temporelle du déplacement, et comme rapport renouvelé à la dérive et au quotidien. La marche propose un contraste avec l’attente créée par l’Immigration, qui fait passer d’un pays à l’autre sans paysage, et avec toute sa vie à redéfinir et à défendre. Presque sans corps, et sans pouvoir d’action, Eduardo est ainsi laissé à l’attente, l’attente d’être choisi. Dans cette attente, il se bute à la frontière politique du Canada, point de non retour car il ne peut la traverser, et s’il la traverse ne peut plus y entrer. Il doit rester immobile. Ariane, elle, peut la traverser sans effort et marcher jusqu’à Bogota sans aucune autre frontière que celle qui lui est personnelle. Cette frontière étant au coeur du terrain à parcourir, le corps est ici inscrit, inspiré de la psychogéographie, dans un déplacement permettant la sensation d’être dans l’action. Devoir dériver parce que marcher en ligne droite vers le point B(ogota) est impossible, et, comme dans la vie, devoir tourner en rond, tomber dans les failles, sauter en l’air, pour contourner les frontières géographiques, physiques, politiques, psychologiques, les lignes droites et les lignes blanches à traverser sans cesse pour dériver et observer les paysages de notre vie comme des finalités multiples qui constituent la carte de notre vécu.

Merci au MAI et à l’ATSA pour leur support aux artistes et leur confiance en La marche nuptiale. Merci à Michel Séguin pour sa passion et son investissement en ce projet. Merci à Joannie Douville, Andréa de Keijzer et Jessica Viau pour leur présence indispensable à la réalisation de cette performance, leur amour et leur confiance.